Ce monde complexe et diversifié d’organismes vivants, vécus comme fléau ou comme ressource a fait l’objet d’une table ronde interdisciplinaire à l’Université de Dijon fin mars 2026, suivie sur place par un de nos adhérents, conférence centrée sur la place des algues dans nos systèmes de demain.
Comme ce sujet sur l’alimentation entre tout à fait dans les objectifs d’information sur la transition écologique d’ACTE, en voici un compte rendu succinct, en guise d’introduction à cette table ronde qui a été enregistrée dans son intégralité par les organisateurs et accessible au public.
Les algues, un nouvel espoir !
Quelle place pour les algues dans le monde à venir ?
Considérées à tort comme une pollution alors qu’elles n’en sont que le symptôme,
les algues offrent un champ d’innovation considérable :
alimentation, substitution au plastique, décarbonation, reconstruction des écosystèmes marins.
Sur les milliers d’espèces recensées, seule une vingtaine sont aujourd’hui activement cultivées, tant la ressource reste sous-exploitée.
Faut-il pour autant exploiter cette ressource et/ou la préserver ?
Conférence interdisciplinaire organisée par LEGIPLANET (cabinet d’avocats engagé dans la transition écologique et le droit de l’environnement) et le CREDESPO (Centre de Recherche et d’Étude en Droit et Science Politique), le 27 mars 2026 à DIJON.
Objectif
Croiser les regards alimentaire, microbiologique, juridique et agroécologique sur ces organismes vivants.
Animateur :
- Marc Mortelmans : journaliste et auteur de Baleine sous Gravillon.
Intervenants :
- Vincent Doumeizel : écrivain, auteur et co-auteur de livres et bandes dessinées « La Révolution des algues », « Le Manifeste du plancton » et « Comment les algues peuvent sauver le monde ».
Il est également conseiller principal pour les océans à l’ONU et fondateur avec le CNRS d’une coalition mondiale des acteurs concernés par les algues. - Clémentine Hugol-Gential : professeure des universités en Sciences de l’Information et de la Communication à l’UBE (Université Bourgogne Europe) et directrice adjointe du laboratoire CIMEOS – pratiques alimentaires, communication du goût, santé et alimentation).
- Camille Loupiac : maître de conférence à l’institut AGRO Dijon UMR (Unité Mixte de Recherche) – procédés alimentaires et microbiologiques.
- Lionel Bosc : maître de conférence en droit privé à l’UBE (Université Bourgogne Europe) – CREDESPO (Centre de Recherche et d’Étude en Droit et Science Politique).
- Benoit Poinssot : professeur à l’UMR (Unité Mixte de Recherche) – Université Bourgogne Europe agroécologie – immunité de la vigne, mécanismes et stimulation.
Présence dans l’assistance de Madame Océane GODARD, députée de la 1ère circonscription de Côte-d’Or.
Constats
Les océans représentent 70 % de la surface du globe et fournissent seulement 2 % de l’alimentation mondiale. Il y a 15 fois moins de biomasse dans les océans (zone limitée aux plateaux continentaux) que sur terre.
Cependant, dans un système alimentaire mondial couteux qui s’accommode de 840 millions de personnes sous alimentées et de l’esclavage moderne des petites mains dans la récolte du cacao, du thé, du sucre de canne, les algues, dans leur grande diversité, pourraient permettre l’accès à une nourriture saine tout en prenant mieux en compte les enjeux de justice sociale.
Aspects juridiques
Les questions de pollution
Les algues sont d’abord connues par la pollution générée par les algues vertes, ce qui soulève des problèmes juridiques, notamment pour ce qui touche la pollution de l’eau.
D’où l’idée de réparation du préjudice écologique, de réparation environnementale suite à une pollution maritime.
Comment évaluer le préjudice subi par le milieu marin ? Difficulté de trouver qui est le responsable.
En ce qui concerne les algues vertes en Bretagne, la responsabilité de l’État est pointée du doigt par son manque d’action pour faire changer le modèle agricole. Elles sont en fait le symptôme de la mauvaise gestion agricole, c’est un excès de nutriments sur terre qui les génère dans les rivières et sur les plages bretonnes.
Une filière à développer : l’algoculture
Une volonté politique est indispensable au développement de la filière française d’algoculture. Cette volonté doit se traduire sur le terrain par l’attribution de moyens financiers.
L’algoculture subit l’antagonisme qui existe entre le code de la santé publique et le code de l’agriculture. En effet, l’iode que pourrait produire l’algoculture rentre en concurrence avec celui produit par la filière des producteurs de sel.
Aspects alimentaires
Les algues sont utilisées principalement en France comme texturant (agar-agar, etc…).
Elles peuvent accroître leur place dans notre alimentation et être une alternative aux protéines animales et végétales.
En France actuellement, il n’y a qu’une seule exploitation d’algoculture, en Bretagne.
Elle existe depuis plus de 30 ans, mais peine à se développer.
Elle ne représente ainsi que quelques centaines de tonnes d’algues par an, contre plusieurs dizaines de milliers pour la récolte d’algues sauvages.
La majorité des algues consommées en France sont importées de pays d’Asie (Philippines, Indonésie).
Les algues récoltées sur nos côtes ont une teneur en iode supérieure à la limite fixée par la réglementation européenne pour être consommées.
Paradoxe, elles partent au Japon et reviennent prêtes à consommer en France.
Quelle est la place des algues dans le monde de demain ?
Les 12 000 variétés d’algues ont un potentiel de réponses aux besoins de l’humanité.
Moins de 20 espèces d’algues font l’objet de culture.
L’usage des intrants chimiques à partir des énergies fossiles doit être très limité ; il peut être remplacé progressivement par les algues qui agissent comme des biostimulants et protègent les plantes contre les maladies.
Les algues réparent la biodiversité et sont source de phosphate et nitrate et peuvent donc remplacer certains produits pétrosourcés.
La France dispose d’un énorme espace côtier propice à la mise en place d’une filière de production d’algues.
Il y a un cadre juridique à mettre en place pour encadrer cette filière.
Elle peut être la piste principale de reconversion pour des pêcheurs Français dont la ressource est en très fort déclin.
Mais elle ne doit pas être phagocytée par l’industrie agroalimentaire.
L’aquaponie, méthode de culture de poissons et de plantes dans le même système serait aussi à développer : les déchets produits par les poissons sont utilisés comme source de nutriments par les algues et les plantes, ce qui maintient un environnement sain pour les poissons.
* À lire en lien avec le thème de cette table ronde :
« Pourquoi Trump ne mange pas de tofu » de Suzanne ZACCOUR.
Ce nouvel essai de Suzanne Zaccour, autrice de « La Fabrique du viol », juriste formée à Oxford et militante féministe engagée pour une société plus juste et non violente n’est une surprise pour personne : Donald Trump n’est pas végane.
Dans une société où manger de la viande est synonyme de virilité, on imagine difficilement le président américain, figure patriarcale par excellence, déguster un plat à base de tofu.
Masculinité toxique, carnisme… et si les deux étaient liés ? Que ce soit par le langage, la publicité ou les conventions sociales, on justifie l’exploitation des animaux de la même manière qu’on invisibilise les violences faites aux femmes.
Dans cet essai percutant, Suzanne Zaccour démontre comment, face à ce système de domination, les luttes se rejoignent. Un monde plus juste est possible, et il commence dans nos assiettes.

